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Chapitre 5

     

    

     Ma douzième année a surtout été marquée par mon passage en 5ème au collège. Je me souviens très bien de ma déception, à la rentrée, de ne pas être dans la même classe que mes deux amies de l’année précédente. Je me suis sentie perdue, triste, comme seule dans une classe surchargée, avec des élèves indifférents qui ne m’adressaient pas la parole. Aujourd’hui, je me dis que c’était certainement parce que je suis sourde. C’est une accusation grave mais je l’ai ressentie de cette façon. Ces enfants de mon âge comme les adultes d’ailleurs  ne connaissent pas le monde des sourds et souvent les gens ont peur de ce qui est différent d’eux. Ils ne cherchent pas à comprendre donc ils se détournent et ignorent les autres. Moi, j’aurais aimé leur expliquer, communiquer avec eux, établir un contact pour que nos deux mondes se rejoignent. Seulement, je me suis aperçue que cela n’était pas possible, je les ai aperçus qui se moquaient de moi, riaient de mes hésitations en cours et de choses que je n’avais pas entendues pendant la leçon… Ils étaient fermés à toute empathie. Ce fut une année horrible, certains professeurs ne me voyaient même pas, en fait, c’étaient eux les handicapés pas moi.

 

 

    Je me levais à 6h30 pour prendre le taxi vers 7h15. J’arrivais au collège pour 8h 25 s’il n’y avait pas trop de circulation, sinon, j’allais faire signer un bulletin de retard. La journée commençait tôt et souvent mal. A peine arrivée, ce monde d’entendants m’absorbait avec toutes ces incompréhensions. Je n’arrivais pas, la plupart du temps, à comprendre les cours car les professeurs parlaient trop vite ou le dos tourné puisque je n’existais pas pour eux. En 6ème, j’étais la seule sourde et il n’y avait pas de professeur spécialisé en français pour une élève, de ce fait, mon niveau avait baissé terriblement, alors, pour rattraper mon retard, je suivais les cours de français des élèves 6ème sourds. Je trouvais que j’étais plus forte et courageuse que les élèves de ma classe puisque je suivais les cours de français des deux classes et cela me stimulais un peu. En plus de tout ce programme, j’avais de l’orthophonie deux heures par semaine !

 

 

   Le matin, avant de partir au collège, je ne me sentais pas bien, j’avais mal au ventre, envie de vomir, la tête me tournait rien qu’à l’idée de passer la journée dans la solitude et l’indifférence… Malgré tout, je retrouvais mes deux amies durant les pauses mais c’était trop court  pour combler le vide des heures passées au milieu des autres. Je mangeais aussi tous les jours avec elles à la cantine sauf le jeudi  où je me mêlais aux 6ème sourds qui étaient tous accueillants, je me sentais à l’aise avec eux. Je me souviens, un jeudi midi, mon père qui m’avait emmené au collège est allé demander aux élèves de ma classe si je pouvais manger avec eux. Ils ont accepté du bout des lèvres mais cela n’est arrivé qu’une seule fois. Ce qui confirme leur bêtise et leur mépris. Mes parents ont vraiment tout essayé pour que je me sente mieux dans cet environnement hostile.

 

 

   Parfois, pour rester à la maison, entourée des personnes que j’aime, je disais que j’étais malade. Ce n’est pas bien mais je n’arrivais pas à m’intégrer au collège! J’aurais voulu aller dans un collège plus près de chez mes parents, de ma famille et de mes amis mais ce n’était pas possible, il n’y avait pas de structure adaptée pour mon handicap.

 

 

   Cette année-là,  ma classe partit en voyage en Hollande. A l’annonce de ce voyage d’une semaine, cela ne me dérangeait pas mais au fur et à mesure que le départ se précisait, je paniquai et je ne voulais plus quitter mes parents pour si longtemps surtout dans cette atmosphère de solitude totale qui m’entourait. Le matin fatidique, très tôt, mon père m’emmena au collège, malgré mes pleurs, pour prendre le car afin d’aller à Amsterdam. Je voyais bien qu’il essayait de plaisanter mais le cœur n’y était pas et ma mère, avant mon départ de la maison, avait les yeux rougis. La séparation a été très pénible, je m’étais assise côté fenêtre pour voir mon père le plus longtemps possible, les larmes coulaient sur mes joues alors que les autres enfants riaient et discutaient entre eux. Le paysage ne m’intéressait pas du tout. J’avais mon téléphone… les SMS fusaient …mais passé la frontière, il ne fonctionna plus, il n’y avait plus de réseau. Toute ma famille était inquiète et moi, j’étais toute seule encore une fois. J’ai beaucoup pleuré, je ne me suis pas du tout amusée. Les autres élèves ainsi que les professeurs n’ont pas compati à mon chagrin qui était pourtant visible. J’étais pressée de rentrer en France auprès de mes parents et de ma famille. La semaine a été si longue, si longue… Un enfer !

Ces épreuves m’ont rendu plus tenace et combative !

 

 

Heureusement, il y avait les week-ends, le samedi, je jouais au tennis, mon anniversaire où toute la famille se réuni autour de moi, Noël et les cadeaux, les vacances. Cette année-là je suis partie en Corse avec mes parents et ma petite sœur pour les grandes vacances, je me suis bien amusée et j’ai oublié pour un temps cette année scolaire qui m’a profondément marqué. Je me souviens aussi d’avoir été à Disneyland, les manèges, la parade.

 

 

 

 

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